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Avoir 40 idées.Ou presque. Rien que çà. Dans un grand sachet en plastique, fermé par une papillote de ruban bleu, et dont on se servirait à chaque instant. Des idées comme des patrons de couturiére,qu'on habillerait à son gout,en tenant quand même compte de leurs opinions.

Des idées pour chaque état d'esprit.

Avoir l'idée que soulever un probléme à bout de bras (surtout un gros), c'est trés beau, mais que pour un cas résolu,dix millions d'autres apparaissent.

Avoir les idées noires.

Secouer le sachet pour les faire tomber.

S'apercevoir avec déplaisir qu'elles restent collées les unes aux autres.

Les séparer avec une pince à sucre ?,on risque d'en casser une. Attendre qu'elles décantent ? çà peut être long, durer tout un été.

LA solution radicale, les placer au millieu d'un tunnel, allumer une bougie à un bout, et laisser le temps faire son petit effet.

Si le vent,la pluie, les courants d'air et les cons ne viennent pas ruiner l'entreprise, on pourra constater un trés intéressant phénoméne de dilatation. Attirées par la lumiére au bout de la noirceur, elles vont reprendre confiance, et courir vers la libération. Bien sur, elles peuvent s'entraver dans un caillou.

Rouler ses idées noires un peu partout.

Au cinéma quand le film est mauvais, et qu'on pense que c'est le complément exact à une journée entiérement loupée. On en arrive à ne plus voir l'histoire,mais uniquement les gros points noirs sur l'écran, les tétes qui génent,et les bruis de bonbons qu'on defroisse.

Avoir l'idée que le vide prend trop de place.

Une idée noire a besoin d'un environnement adéquat pour bien exister,en plein jour elle est trop accusée.La nuit, elle trouve un épanouissement, une vraie raison d'être. Ce gros ténia tenace, une certaine idée de périodicité. Avoir l'idée que le désespoir peut-être communicatif,mais que bien partagé, mis en commun, il est moins redoutable.

Qui s'intéresse à un artiste optimiste, un vendeur de soleil en boite, un crétin démago ? mais tout le monde cher ami.

C'est bien le probléme.

Et qui osera essayer de changer tout çà, d'introduire de l'innatendu, de se proclamer écorché vif aux yeux des cons sots mateurs ?

Avoir l'idée que souffrir, mais avec un ruban c'est mieux.

Reprendre son sachet, regarder ses idées, et se demander où les mieux placer.

Avoir une idée de beauté, presque de pureté, en faire un mobile. Délicatement suspendue à une corde de violon neuve, la regarder virevolter, ballerine sans pesanteur. Dans le sachet, c'est celle qui reste dans son coin, timide et n'adressant la parole à personne, elle est jolie.

Sobre.Milles regards différents.

Reprendre le sachet d'idées. Les nourrir, elles consomment surtout du sentiment. Mais elles ne dévorent pas, elles absorbent, comme une multinationale boulotte ses concurents.

Aérer les idées aussi, les promener, recueillir l'avisde chacune d'elles, les laisser jouer dans le sable, avoir peur des emmerdeurs.

Ne pas consacrer d'idées aux raseurs de tout poil.

Une idée c'est du temps, de l'essence de vie, toute une évolution, une denrée pas rationnée,mais précieuse.

Avoir l'idée qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Sur le coeur battant,le sachet d'idées tressaute doucement, allumer une clope et voir encore des choses dans la fumée.

Avoir l'idée que l'acceptation de soi même n'est pas une question d'autosatisfaction, mais plutôt d'auto-compréhension.

Artaud et Breton,petit mec, tu te les gobes pas comme si la Fm de merde les avait régurgité pour toi. Long le chemin, presque physique face à l'Antonin et à l'André. Face à sa gueule,pas exactement celle qu'on aurait voulu. Longtemps je me suis promené avec une poubelle sur la téte.

Cinq minutes de pause,prendre les idées sur le dos de sa main, jouer avec, les poser sur une fleur et observer leurs réactions.

Prendre le temps c'est difficile. Ecouter les idées qui bavardent entre elles, sentir ses paupiéres se fermer, avoir une idée de sommeil.

Plonger sans scaphandre, sans bouteilles, en respirant sur sa propre capacité à emmagasiner des choses sous une forme utile.

Et puis les idées se font lourdes, plus marrantes du tout, s'arrêtent d'elle mêmes, posent leurs têtes contre l'idée de soudaine déprime incontrôlée, et se mettent à pleurer.


sansriendire
11/11/05